LES CHRONIQUES DE RENNES

bâtiment, ville, photographie, Blaize

Photothymie

04.11.2015
Je vis avec deux femmes âgées, leur physique me fait penser aux manouches,
mais elles pourraient tout aussi bien être des indigènes du Chiapas ou de Oaxaca.
Nous partageons une pièce assez sombre en rez-de-chaussée, qui donne
sur une petite cour intérieure. L’une des femmes tisse, elle fabrique du textile
pour pouvoir le vendre. Je les préviens : il y a de la tension en ville, il ne faut
pas se déplacer au jugé. Une répression est en train de s’organiser, latente
et pernicieuse.

07.12.2015
Une maison sur une colline. Je viens d’y emménager avec F. et les enfants.
Une partie de ma famille est aussi présente. C’est une belle maison avec
des recoins et des poutres en bois. Elle est isolée par contre. Mon père,
qui a trouvé une pièce pour y dormir, débarque au petit déjeuner en me disant :
« Alors ? le coup des porte-jarretelles lors de ton voyage à New York ? »
Il me fait un clin d’œil. Je suis un peu surprise et je me demande bien comment
il peut être au courant. Ma sœur est assise en face de moi mais je sais
que ce n’est pas elle qui lui en a parlé. J’en viens à penser qu’il y eu accès
à mon compte facebook. Je ne renchéris pas. Dehors, j’entends monter
de la musique, plutôt bien d’ailleurs. La fête s’organise, des amis nous ont rejoint.
C. joue du gwo ka accompagné de quelques musiciens. Ça bouge, j’aime cette
énergie positive. Ma sœur me demande de garder sa fille qui est encore
un nourrisson. Il a l’air un peu mou et longiligne ce poupon ! Il s’affale sur moi
au risque de me glisser entre les jambes. Il s’agit en réalité d’une poupée
de chiffon. J’en prend soin au cas où il se transforme en bébé.

À Granville, je descends l’avenue de la Libération. Je roule lentement.
Des voitures me doublent par la droite. Comment font-elles ? Je réalise
que je mords un peu sur la ligne centrale et je décide de me rabattre.
Mon aile avant droite accroche l’aile arrière gauche d’une voiture justement
en train de me doubler. Je signifie à la femme que je vais me garer plus loin
pour régler le constat. Il y a une place libre à côté d’une voiture incendiée,
juste devant un immeuble lui aussi ayant subit des dommages liés au feu.
Je continue, cet endroit ne me semble pas sûr. Je tourne à droite sur le parking
du Plat Gousset, mais il est plein. Je laisse alors la voiture au parking souterrain.
En revenant dans l’avenue, je m’arrête un instant : je dois rajuster ma cape
de pluie puis enfiler des couvre chaussures imperméables. Et c’est heureux
car je vois la cheminée tubulaire, celle de l’immeuble incendié, se détacher.
Un premier morceau de béton tombe en explosant dans la rue.
Des fragments jaillissent au milieu d’un gros nuage de poussière. Puis la seconde
partie, elle aussi, atterrit dans la rue au milieu d’un grand fracas.

Vers la chronique suivante…