LES CHRONIQUES DE RENNES

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Divorciadas – Collage et Posca sur papier (2011)

18.09.2015
Je me trouve dans un décor tropical de carton-pâte, avec mon amie L.
Nous bavardons tranquillement : sommes-nous en Guadeloupe ou en Haïti ?
Nous n’arrivons pas à nous décider, les palmiers n’ayant pas d’identité
géographique précise. Le temps est léger et nous profitons de l’instant.

Allongée à côté d’un homme en débardeur blanc, assez trapu, je me repose.
Nous n’avons pas de drap car la température est agréable. La couche se trouve
à proximité d’un bloc de sanitaire en céramique gris métallisé avec douche
et toilettes. Je regarde l’homme, sens un vague sentiment de malaise m’envahir
et me lève.
Arrivée à mi-chemin, je me rend compte que je perds du sang à l’entrejambe.
Je fais en réalité une hémorragie, et j’essaie de rebrousser chemin vers le lit
pour prendre des habits afin de masquer les taches qui ne manqueront pas
de se voir. Mais le flux est trop important et je reste debout, incertaine devant
cette vie voyante qui s’échappe de moi.

BAYEUX
Dans la vie, il y a des certitudes, se dit Fanny en débutant sa lettre par « Un jour, je… »
« Un jour, je passerai à Bayeux. Je composerai ton numéro de téléphone, tu décrocheras
et je répondrai sans me présenter : 
veux-tu prendre un café ? » Quelque chose
de rationnel t’empêchera de refuser : un an de dépression et un mariage foiré
était déjà bien cher payé. Lentement tu te dirigeras vers le lieu du rendez-vous.
Pouvais-tu fuir ? Avec ton arthrose aux genoux, ton cholestérol et ta presbytie,
ce n’était guère envisageable : c’était fini, tu étais foutu et tu le savais.
Tu poseras ta canne à côté de la chaise de bistrot. Je serai en train de tourner
une petite cuillère dans un chocolat pas si mauvais que çà et ironiquement,
je te lancerai cette phrase « règlement de comptes » : Alors ? C’est enfin à 73 ans
que tu t’autorises l’inconséquence de m’aimer ? »

SHOWER POWER
Hier soir, le litige venait de la baignoire. Je l’ai regardée de haut et j’ai fini
par lui décocher, à moitié effarée par ce que je venais de réaliser : « Il y a trop
de flacons, cela ne peut plus durer ! Ces bouteilles en plastique sont comme
les meubles : des inutiles envahissants. » C’est angoissant de voir la vitesse
à laquelle ils prennent la place de présences. Évidemment ma baignoire
n’étant pas encore douée de parole, je ne pus que ravaler ma colère froide
en augmentant la chaleur du jet de douche.

Vers la chronique suivante…