LES CHRONIQUES DE RENNES

JB
Je porte à la main droite la chevalière de ma grand-mère.
Elle n’en n’a plus besoin maintenant qu’elle plane :
ce bon vieux Parky l’a transformé en Alice au pays des merveilles.
Elle s’égare une tasse de bouèt café à la main, demande son chemin
à ses hallucinations impassibles, enfile son gilet Saint-James
lorsqu’elle sent un p’tit brin de fraîcheur se poser sur ses épaules.
Bientôt elle sait, qu’elle devra remballer ses mots croisés.

FILATURE
J’ai toujours été à la hauteur de ma déception. Le cinéma n’étant pas pour moi,
il m’a fallu inventer une déception discrète – un peu comme une chaussette
retournée dont on voit les fils de fabrique. Ces fils qui s’accrochent entre
les doigts des pieds et qui rendent la marche fâcheuse. Oui, ma déception
est une Pantherella incommode…

UN DIMANCHE
Boule de chicle
au fond du cendrier
Affligem fraîche qui brille dans le soleil froid
les vieux ne sont pas en forme
les jeunes anecdotent leur vécu. Tout est important, tout est hilarant,
le ton monte, les vieux rotent.
Des femmes au cul serré cadencent leurs fesses sur les pavés
Je cherchais un peu d’humanité mais je me rend compte qu’elle m’agace,
petites traces de calcaire sur le pied du verre.
Gorgées lappées, les mains sèches, sentir l’érotisme monter en même temps
que la lente distillation de l’alcool dans mes veines.
Pas moyen de trouver un homme désirable dans cette rue. Seules les femmes ici donnent envie. La sensation du rouge ne me lâche pas.
Le soleil face à moi, mes cheveux s’enroulent autour de mon visage, se balancent dans le vent. Envie furieuse d’accompagner ma bière d’une socca : l’amour est loin. Je ne vais pas rester longtemps, juste le temps de terminer. Je dois trouver le rouge.
Lorsque je ferme les yeux, l’orangé tente sa chance…

Autel, filature, indien, église, queer

Autel © F. Blaize

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