LES CHRONIQUES DE RENNES

PQ
J’ai voulu tout effacer – les mails de l’ex-mari, ceux de l’amant imaginaire, ceux de ma famille.
Toute trace qui, à un moment donné, pourrait me laisser penser que j’ai eu un passé.
Ce boucan de mots, cette diarrhée d’illusions, je n’en pouvais plus. En passant de 3500 mails
à 650, j’ai perdu deux ans de ma vie, mais je n’ai plus de merde au cul.

SAISON 3
Tout est poisseux :
l’odeur de son clavier
les tasses laissées avec option « fond de café collant »
les idées ceviche qui irritent les neurones
les coups de gueule qui postillonnent une grippe larvée
pour travailler ici, il faut avoir ingéré du Dr House

04.02.2015
Je me trouve dans la vieille ville sur les hauteurs de Granville — ici les rues sont étroites
et pavées, elles ressemblent à de sombres couloirs qui mènent au ciel, pas de place pour
un trottoir — je regarde une façade sur laquelle il y a de grandes fenêtres — je sens que
quelque chose bouge — les volets intérieurs se soulèvent, le rideau qui sépare deux pièces
disparaît et le lit se range — tout se fait électriquement sans que je ne puisse déceler
la présence de quelqu’un — j’aperçois alors un homme à l’intérieur de la pièce — il regarde vers la rue, me remarque, peut-être même que je l’intéresse
— l
ui me fait penser à Douzi dans « Adieu ma concubine »

je me vois monter une rue commerçante et étroite qui serpente entre
des maisons. ça sent le sud — sur mon passage, je reconnais mon ancien
patron d’Aix qui discute avec un commerçant sur le pas de sa boutique

nous sommes dehors, devant ce que je pense être au premier abord,
une cabine téléphonique — il s’agit en réalité d’un sas en verre à l’entrée
de l’hôtel — tu reçois un appel, discrètement tu te coules à l’intérieur
du sas — je comprends qu’il y a un souci, tu es gêné, tu ne veux pas
que j’entende la conversation — je m’approche — finalement tu capitules —
tu as une relation avec M. mon amie de Paris, qui n’était pas supposée appeler
à ce moment-là — tu me passes le téléphone — M. m’explique que ce n’est pas
contre moi, qu’elle ne voulait pas me blesser mais qu’elle est vraiment attirée
par toi et que c’était réciproque — stupéfaite, je ne puis dire à M. qu’une chose :
« je ne t’en veux pas, tu sais, je ne t’en veux pas » — je raccroche — dans le hall
de l’hôtel, je te dis : « mais je t’aime quand même ! c’est pas important çà ?
Moi je t’aime… » — tu n’as pas l’air concerné et préfères sortir — je me retrouve seule,
sur la droite, dans l’ombre, gisent des bagages — à travers les vitres du hall,
je distingue le sosie de Douzi, il est dans une voiture noire avec son homme
de main, à ses côtés — il semble m’attendre — indécise, je reste immobile.

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