LES CHRONIQUES DE NICE

Qui, quoi, donc, où ? Elle voulait être au fait de nos gestes. C’était une guérisseuse de sentiments, une antiquaire du cœur, Nicole M., drapée dans sa superbe, assise en face de moi. Elle inventait une psychanalyse de la rencontre dans son bureau encombré de Gazette Drouot, de masque africain et de lampe art déco.
Allez la bise et merci.
Pour quoi donc ?
Pour tout Nicole…
Retour vers les pointus baignant dans l’insolence de leurs couleurs, dans la vibration du soleil qui meurt sur le port, dans le cri guttural de F. qui repère à la terrasse d’un café la M., méconnaissable. La poétesse, en état d’absorption littéraire, nous dévisage : nous sommes des formes venues d’un autre monde, nous parlons un langage crypté. Elle n’est pas rassurée, cela se sent dans ses yeux. Mais non, ce n’est que nous, nou pa vlé deranjé… on t’offre un p’tit café ? Alors c’est parti : on se voit, où, quand, comment, avec K. ? avec Ben, ça boom !
ok, ok, il fait faim, çà urge au ventre, çà remue comme des trémolines en attente du poisson. « Les Amoureux » nous appelle. Petite rue à l’abri des touristes, service à 21h30 – pas de place avant. C’est la ruée sur la pizza. Je commande une ricominciamo da tre, coincée entre un slip napolitain et les dix commandements du pizzaiolo. Je reconnais deux tomates et deux mozza différentes : c’est pas mal pour une profane. F. nous sert un Chianti bio. Et je décide que non, nous ne pouvons pas appeler ce que nous savourons, une pizza. Alors le débat s’installe avec Mario et sa femme qui sort de la cuisine : c’est elle la magicienne ! Nous décidons d’un commun accord qu’il s’agira d’une « Pizzanapolitana », néologisme qui respecte la tradition, qui parle de leurs produits directement importés de Naples, de leur four à bois, de leur attention particulière à la cuisson.
Switch.
Dehors, il fait froid comme lorsqu’on était à la messe. L. était là avec F. sa copine chinoise « qui aime les animaux mignons », Dgé, Paco – le gitan guitarré – et Christou, le fils à casse-couille. Ça fume, on attaque quelques kros, quelques mots et Paco bien chauffé à l’alcool de raison, entame le chant lexical des voyageurs. Il tente de nous faire passer le mur du son mais le froid nous pègue au bitume. On se balance un peu, à droite, à gauche, les pieds déjà encimentés.
Puis Alex et ses potes s’ajoutent au mille-feuille de la bonne parole : versets foot, argent, pouvoir, sexe et amour. On y revient toujours. Un jeune venant de la Côte d’Ivoire se confie : la famille est restée au pays, lui est là avec ses deux frères. Il se rappelle la nature, fumer au milieu des grands arbres, la chaleur. Mais çà va, il faudrait juste une petite femme, celle qui vous donne envie de rentrer plus tôt…
F. s’approche, y’a soupçon de drague dans l’air, faut réinvestir le seuil dormant.
De retour, A. sort un texte simpliste sur les femmes : celles qu’il faut fuir, celles à admirer « en secret » (c’est d’ailleurs la caractéristique première de ce type d’admiration) et celles qui aiment et à aimer. Certaines personnes ont cette faculté à pouvoir transformer leurs scrupules en littérature, mais je crois que c’est un déficit réversible lorsqu’il est pris assez tôt.

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Vers la chronique suivante…