LES CHRONIQUES DE NICE

JE M’ÉTAIS DIT : « PAS D’ALCOOL », cela endort les sens et dans quelques heures j’allais me trouver en terrain miné, d’objets et de drolesques niçois. F. et moi faisions partie du petit cercle d’amis invités chez Ben pour le réveillon. Afin d’éviter un afflux de torr-penn, l’ogre de barbarie avait pris soin de provoquer un éboulis à 100 m de sa maison en rendant de fait l’accès impossible. C’est donc par les airs que nous nous posâmes sur sa véranda, où çà guinchait sec, çà braillait la galette noire, çà graissait les doigts de pissaladière. Ben, tel une auto-tamponneuse le train accroché à sa tige électrique, glissait sur des tapis éculés, un micro à la main. « Prenez la parole » et surtout soutenez bien le langage de peur qu’il ne choit dans un verre de Crémant, sur une cuisse de poulet ou dans l’oreille d’un sourd. Çà papillonne, ici on ne dit pas bonjour à la ronde, on s’approche de chacun pour prendre la température de la selle niçoise, qu’il faut chevaucher hard, la souplesse au poignet. Ben fluxurise l’air nicotin, déroulant ses performances humoristiques puis arrive Setsuko, artiste Gutaï qui vit en Italie. Ses longs cheveux nous cachent quelque chose : « Secret Music ». Performance qui nous emmêle le sentiment : éclats de rire, tension, apaisement. Ben orchestre, balance un p’tit son pour couvrir la programmation d’Annie : la guerre est engagée vinyl versus mp3, and the winner is… Élodie Baile, des doigts électriques comme sa jupe bleue moulante. Un corps-réceptacle, qui se remplit de notes et de sons, qu’il en est comme condensé, comme en trop plein, que la seule alternative viable est de pouvoir les faire sortir, les extirper, les dévider ainsi qu’on le ferait d’une pelote de laine, en tirant, peu à peu sur ce fil vibratoire. Baile nous enchante – son nom l’implique, elle fait danser les corps façon cow-boys utilisant leur flingue, en pinçant les cordes qui ne ratent jamais leur cible. Sensible sans fragilité, elle est en chemin, marathonienne ménageant sa harpe car la route est longue et elle sait que les appelés se comptent sur les doigts de la main…

Compte final de la soirée :
– 2 verres de coca-cola
– 3 « vraies » discussions
– 4 cabotinages
– 2 visites aux WC
– 0 danse avec Ben

Résolutions pour 2015 :
– Se rencarder sur le répertoire breton, histoire de rendre la soirée plus dissidente
– Acheter une jupe bleue moulante
– Créer une performance « ziva ! fais tourner la saucisse-galette »
– Pincer les fesses de Ben

Pour en savoir plus sur Ben
Pour en savoir plus sur Setsuko
Élodie Baile joue « Baroque flamenco » de Deborah Henson Conant et « Danses sacrées et profanes » de C. Debussy

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